Changer de métier grâce à la reconversion professionnelle : devenir maraîcher bio

Le maraîchage bio est une des activités les plus en vogue en matière de reconversion. Il est possible de devenir maraîcher bio avec ou sans diplôme. Mais pour bénéficier des aides et faciliter l’accès à la terre, il est plus pratique de disposer de la certification de niveau IV, qui donne le statut d’agriculteur. Vous pouvez l’obtenir à la suite d’une formation diplômante ou à la suite d’une expérience conséquente, comme nous l’avons expliqué dans notre article sur comment devenir maraîcher bio. Lorsqu’on parle de reconversion, on parle plutôt de la démarche de changer de secteur d’activité lorsqu’on est déjà en poste, issu d’une première formation bien différente de celle qu’on vise, et souvent après quelques années d’expérience. Une démarche pas facile, d’autant qu’elle peut être considérée comme une lubie par ceux qui vous entourent.

Voyons les différentes options qui s’offrent à vous, les NIMA (Non Issus du Monde Agricole), si vous souhaitez vous reconvertir en maraîchage biologique.

Pourquoi la reconversion en maraîchage a le vent en poupe ?

Les différentes options pour quitter son emploi et devenir maraîcher

La meilleure option : utiliser votre CPF et monter un PTP

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Pourquoi la reconversion en maraîchage a-t-elle le vent en poupe ?

Devenir maraîcher est une aspiration grandissante ces dernières années, et particulièrement chez des salariés déjà en activité. Le retour à la terre, à un travail manuel, est parfois la solution à la quête de sens qui anime de plus en plus de travailleurs dans les milieux du tertiaire notamment. Ces cadres des grandes villes, vissés derrière des ordinateurs, passant des heures en réunion, se demandent en fin de journée si leur vie et celle de leurs enfants s’en trouvent améliorées. Parfois, il manque la gratification de faire avancer le monde dans le bon sens ou tout simplement le sentiment – qui a ses avantages et ses inconvénients – d’être son propre patron et de n’avoir pas de compte à rendre. Alors, les activités d’artisanat représentent une évasion tentante. Menuisier, ferronnier, maroquinier, bijoutier, apiculteur, éleveur, et bien sûr, maraîcher. Mais de là à en faire son métier… il faut être sûr de soi. Lorsque la passion et l’obsession s’installent, que les heures de temps pour soi se transforment en heures passées sur des Mooc, des vidéos ou des livres de formation, la question commence à se dessiner. Et si on quittait tout, et si on le tentait ?

Les différentes options pour quitter son emploi et devenir maraîcher

La première et la plus évidente consiste à vous faire embaucher chez un maraîcher, pour pouvoir démissionner de votre poste actuel. Mais la situation n’est peut-être pas idéale, si vous estimez qu’il vous faut d’abord une formation théorique, et une expérience vous permettant de confirmer votre attrait et vos capacités pour le métier. Mieux vaut en effet s’exercer et se tester avant de se lancer tête baissée dans une nouvelle activité…

Si vous avez opté pour la case formation, vous aurez sûrement besoin de revoir l’organisation de votre quotidien. En fonction de votre emploi actuel, vous allez devoir statuer sur la nécessité d’un congé, ou si votre formation peut être suivie sur votre temps libre.

Quand on est déjà en poste, et pas près d’être licencié.e, les possibilités sont limitées, surtout si vous optez pour une formation longue, diplômante, qui nécessite un investissement important en temps et une présence sur le terrain, auprès de professionnels. Rien à faire, il va vous falloir vous absenter pour suivre votre formation, vous ne pourrez plus travailler. Voici les possibilités qui s’offrent à vous.

La démission spontanée

Vous disposez d’un matelas financier permettant de ne pas dépendre des allocations chômage, et vous pouvez démissionner sans craindre de perdre votre rémunération ? Tant mieux pour vous ! Cependant vous devez, même dans cette situation, vous faire connaître immédiatement auprès du Pôle Emploi, pour ne pas que votre situation reste inconnue de l’administration. Dans le cas contraire, cela risquerait de poser problème lors du calcul de vos droits pour l’assurance maladie, l’assurance chômage… Cette situation n’est pas à privilégier, nous verrons ci-dessous qu’il existe d’autres démarches et dispositifs à envisager au préalable. Gardez donc la démission spontanée en dernier recours, même si vos finances vous l’autorisent.

La démission autorisée par l’administration

Cette démarche consiste à déposer un dossier en ligne auprès du Dispositif Démissionnaire, géré par l’organisme Transitions Pro de votre région (celle de votre employeur). Ce dispositif vous permet de demander à démissionner pour pouvoir suivre une formation en vue de vous reconvertir. En obtenant cette autorisation de démission,  vous évitez la période de carence pour bénéficier de vos allocations au chômage. Vous pouvez partir en formation sans crainte de vous retrouver sans revenu pendant plusieurs mois. Ce dispositif est en quelque sorte la reconnaissance de la légitimité de votre démission et il garantit que votre indemnisation démarre immédiatement après le départ de votre entreprise. Ce dispositif n’est cependant pas adapté pour tous, notamment car il comporte de fortes contraintes pour y accéder. Il faut par exemple avoir été en activité durant les 5 dernières années, sans un seul jour de congé sans solde ! Sont donc exclus d’office toute personne qui aurait pris 1 semaine de “vacances” entre deux emplois, sur la période des 5 dernières années, en n’étant couverte par aucun contrat de travail.

La rupture conventionnelle avec votre employeur

Il est aussi possible de vous arranger avec votre employeur et solliciter une rupture conventionnelle, c’est-à-dire que vous décidez mutuellement de mettre fin à votre contrat. Grâce à la rupture conventionnelle, vous pouvez immédiatement prétendre aux allocations chômage, sans période de carence. Ce genre de rupture de contrat fait souvent l’objet de négociations car l’employeur doit verser une indemnité de départ au salarié. Il faut donc que votre départ l’arrange aussi ! Si vous avez été le parfait employé depuis plusieurs années, pas sûr que votre entreprise soit prête à vous laisser partir… D’autant que l’indemnité légale augmente avec les années d’ancienneté. Avec une rupture conventionnelle en poche, vous pourrez entrer en formation tout en touchant vos allocations, et vous pourrez même déposer des demandes de financement de vos formations en maraîchage par le Pôle Emploi, votre Région… En savoir plus sur les financements de formation en maraîchage bio.

Le congé personnel de formation

Enfin, la solution à privilégier en premier recours consiste à solliciter l’organisme Transitions Pro de votre Région (celle de votre employeur) pour déposer un dossier dans le cadre d’un Projet de Transition Professionnelle (PTP). Si votre dossier est accepté, vous restez salarié de votre entreprise mais êtes autorisé.e à vous absenter pendant la durée de votre formation. Vous continuez de toucher votre salaire, et votre entreprise est remboursée par l’organisme Transitions Pro. Ainsi, votre absence ne lui coûte rien d’un point de vue financier. Ce dispositif a l’avantage de vous éviter d’utiliser vos droits à l’allocation chômage. Vous pouvez ainsi les conserver pour la suite de votre parcours de reconversion si nécessaire. Par exemple, si vous souhaitez monter votre entreprise de maraîchage à la suite de votre formation ! C’est cette démarche spécifique que nous décrivons ci-dessous.

Jeune femme écrit sur un carnet assise à une table dehors

La meilleure option : utiliser votre CPF et monter un PTP

Le Compte Personnel de Formation : CPF

Pour les salariés, qu’ils exercent dans le secteur privé ou le secteur public, la reconversion professionnelle en maraîchage bio n’est pas un rêve impossible. Chacun, depuis son entrée dans le monde du travail, dispose d’un Compte Personnel de Formation, le CPF. Il s’agit d’un espace en ligne qui est lié au salarié et qui le suit tout au long de son parcours professionnel. Au fur et à mesure de ses expériences, le salarié cumule grâce à son ancienneté un budget de formation, qui se compte en €. Le salarié peut utiliser ce budget pour s’inscrire à une formation qui lui servira à développer des compétences pour maintenir son employabilité et sécuriser son parcours professionnel.

Le dispositif Transitions Pro

Le CPF, notamment utilisé pour des formations longues, s’accompagnait jusqu’au 1er janvier 2019 d’un CIF (congé individuel de formation), qui s’est transformé en PTP (Projet de Transition Professionnelle). Il permet aux individus d’utiliser leurs droits de formation acquis au titre de leur CPF pour une formation visant à changer de métier. La formation peut être réalisée dans le cadre du temps de travail, ce qui justifie alors la prise en charge du salaire par le dispositif et le congé qui lui est accordé, durant lequel il s’absente de son poste en entreprise. A noter que le salarié reste pleinement intégré à son entreprise ! Il est simplement convenu avec sa Direction qu’il s’absente pour suivre sa formation, et qu’il est susceptible de revenir à son poste à la fin de celle-ci.

La constitution du dossier Transitions Pro

Pour lancer un Projet de Transition Professionnelle, le salarié doit constituer un dossier en ligne, auprès de sa caisse régionale (celle qui est liée à la domiciliation de l’entreprise qui l’emploie). Ce dossier sera instruit par une commission, chargée d’attribuer ou non les financements. Bien que les caisses soient régionales, l’enveloppe budgétaire allouée au dispositif Transitions Pro est nationale et annuelle. Ainsi, plus vous déposez votre dossier tardivement, et plus vous avez de chances que l’enveloppe ait déjà été bien entamée… Bon à savoir : Vous devez déposer votre dossier au maximum 6 mois avant et au minimum 2 mois avant la date de début de votre formation. Les dates des commissions (1 par mois) sont communiquées à l’avance dans un planning en ligne. Vous n’avez en revanche aucune garantie que votre dossier passe à la commission qui suit la date de dépôt de votre dossier. Celui-ci peut être examiné plusieurs mois plus tard dans la limite de la durée minimale précédant votre formation.

Les critères d’attribution d’un financement Transitions Pro

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le niveau de revenu n’est pas un critère pris en compte. Comme expliqué sur les sites web des différents organismes régionaux de Transitions Pro, les dossiers sont examinés sur la base de 3 critères cumulatifs :
  • La cohérence du projet de transition professionnelle destiné à permettre de changer de métier ou de profession,
  • La pertinence du parcours de formation et des modalités de financement envisagés à l’issue de l’action de positionnement préalable,
  • Les perspectives d’emploi à l’issue de l’action de formation, notamment dans la région.
Ensuite, des priorités sont données au niveau national :
  • les salariés les moins qualifiés
  • confrontés à une problématique de santé
  • issus de petites entreprises (inférieures à 50 salarié)
  • sollicitant une formation courte (à temps plein et continu qui ne dépassent pas un an calendaire ou à temps partiel et discontinu, d’une durée maximale de 1200 heures)
A ces priorités nationales, s’ajoutent les priorités régionales. Par exemple, la possibilité de cumuler plusieurs dispositifs de formation avec Transitions Pro, les formations menant à des métiers “en tension” dans la région, les salariés en contrat court ou à temps partiel… Renseignez-vous sur le site de votre caisse régionale ! Le secteur / la profession visés : plus vous vous dirigez vers un secteur et un métier dits “en tension”, plus vous obtiendrez de points, et partirez avec un avantage dans l’examen de votre dossier. Il s’agit des métiers pour lesquels on estime qu’il manque des acteurs et qu’il est urgent d’encourager les vocations et la formation professionnelle : les métiers en “difficulté de recrutement sur le territoire”. Le métier de maraîcher est entré en 2021 dans la liste des métiers spécifiquement recherchés en Rhône-Alpes par exemple (voir liste en exemple ci-dessous)
La pertinence / qualité du dossier présenté : plus vous prouverez que votre démarche est sérieuse, motivée et légitime, et plus vous aurez de points là aussi pour obtenir votre financement. Plusieurs questions composent le dossier en ligne, auxquelles il vous faudra répondre avec le plus de crédibilité possible. Vous pouvez également y joindre des documents. N’hésitez pas à présenter des compte-rendus de stages, d’entretiens avec des professionnels, des business plan ou tout autre document montrant l’avancée de votre projet nécessitant une formation. Ainsi, si vous souhaitez vous reconvertir en maraîchage bio, selon que vous souhaitez être embauché, créer votre ferme ou en reprendre une, vous devrez présenter des éléments concrets : prévisionnel d’activité, plans de financement, emplacement géographique, étude de marché… Oui, c’est un peu contradictoire avec le fait de demander une formation qui est sensée vous apprendre à faire tout ça… Faites-vous conseiller lors d’un point CEP (Conseil en Evolution Professionnelle) : prenez rendez-vous et confirmez le dispositif idéal, adapté à votre situation. Prévoyez aussi des solutions de repli, au cas où votre demande de financement par le biais de Transitions Pro n’aboutirait pas.

Le témoignage de Marine, en reconversion maraîchage bio

Je poursuis un projet de reconversion en maraîchage bio depuis 3 ans. Je souhaite monter une petite ferme sur des terrains que j’ai déjà acquis, et j’estime qu’il me faut une formation théorique, mêlée de pratique, pour sécuriser mon lancement d’activité. Je suis NIMA, mais je veux me rapprocher le plus possible du parcours classique : un PPP, demander la DJA… J’ai d’abord commencé par m’auto-former, lire tout ce que je trouvais, dévorer les vidéos de Ver de Terre Productions. Je me suis inscrite à la formation de Benoît, à la Ferme de Cagnolle. Je suis ensuite venue y faire un stage de 15 jours. J’en ai parlé à mon entreprise actuelle (je travaille dans une agence web) et suite à ma demande, nous avons convenu de me passer à 80% pour que je puisse dédier une journée par semaine à l’avancée de ce projet. J’ai effectué un rendez-vous CEP avec une conseillère de la Chambre d’Agriculture. Nous avons décidé que mon plan A serait de déposer un dossier de financement auprès de l’organisme Transitions Pro. Je pars avec des avantages, le métier de maraîchage est en tension dans ma région. En revanche, je sais aussi qu’avec mon Master 2 en poche, je suis considérée comme “sur-diplômée”... J’utilise ma journée de repos hebdomadaire pour avancer mon dossier et toutes les pièces demandées. Je ne suis pas du tout sûre que ma demande sera acceptée. Mon plan B consiste donc à solliciter une rupture conventionnelle - mon employeur est prévenu - pour pouvoir utiliser mes allocations chômage durant le temps de ma formation. Je serai alors prête à prendre en charge le reste de mes frais pédagogiques, après déduction de mon CPF. A la fin de ma formation, il me resterait 1 an d’allocations chômage réduites, pour lancer mon activité. Pas idéal, mais c’est le propre d’un plan B ! Et si celui-ci ne fonctionne pas, j’ai encore un plan C, un plan D… Coûte que coûte, j’arriverai à lancer ma ferme !”
Marine P.
Future maraîchère