Comment cultiver l'ail bio sur sol vivant ?

Planté au début de l’hiver et récolté au printemps suivant sous forme d’aillet ou en Juin pour le faire sécher, notre ail est cultivé sur sol vivant. Cela signifie que les cailleux sont plantés dans une terre riche, comportant un taux de matière organique élevé, et que ce sol n’est pas travaillé, pas labouré, pas dérangé. La vie du sol a toute la place de s’y exprimer et de transformer la matière organique en un humus riche en nutriments, pour alimenter nos plants d’ail. Découvrez tout le cycle de production de notre ail et son itinéraire technique sur sol vivant !

L’ail cultivé sur sol vivant : comment ça marche ?

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L’ail a un cycle de production assez long. La bonne nouvelle, c’est qu’il peut aussi se récolter plus tôt pour en faire de l’aillet, c’est-à-dire de l’ail frais. Les têtes ne sont alors pas encore complètement formées ce qui donne à l’aillet un goût un peu plus fin. Délicieux dans la traditionnelle omelette à l’aillet, originaire du sud-ouest par exemple !

Notre ail est cultivé sur sol vivant, comme tous les autres légumes de la Ferme. Cela signifie que nous amendons ou aggradons notre sol grâce à de gros apports de matière organique – du broyat de bois – qui va se décomposer sous l’action des vers de terre, des champignons, des bactéries et de tous les micro-organismes qui colonisent notre sol et s’en nourrissent.

Ce broyat contient beaucoup de lignine, l’une des molécules principales composant le bois, avec la cellulose. En se décomposant, la lignine crée un humus stable riche en nutriments dans lequel les racines de nos plants d’ail peuvent puiser directement : carbone, azote, phosphore,  potassium… Tout ce dont l’ail a besoin pour compléter les ressources nécessaires à sa croissance, qu’il puise par ailleurs dans l’air grâce à la photosynthèse.

Notre plant d’ail a de la nourriture en abondance : cela lui permet de se développer rapidement et d’avoir suffisamment d’énergie pour combattre d’éventuels parasites. Ainsi, grâce à ces techniques de sol vivant, il n’est pas nécessaire de traiter les cultures d’ail, même avec des traitements bio ou naturels comme les huiles essentielles.

La technique de maraîchage sur sol vivant est selon nous la meilleure manière de cultiver la terre et nos plants d’ail et de respecter les cycles naturels et la biodiversité.

Culture de l’ail sur bâche ou sur mulch

Les avantages des bâches pour la culture de l’ail bio

La particularité de notre maraîchage est aussi d’utiliser des bâches pour occulter le sol et empêcher la pousse des adventices. En plus d’éviter l’enherbement par les vivaces, les bâches nous permettent de réchauffer la terre au printemps (lorsqu’elles sont noires et captent les rayons du soleil) et de conserver l’humidité dans le sol en évitant l’évaporation.

Ainsi, nous étendons une bâche noire sur une couche de broyat de bois et perçons des trous dans la bâche, aux espacements voulus pour la culture à mettre en place. Dans le cas de l’ail, nous optons pour une bâche pré-percée à des espacements assez serrés, permettant environ 28 trous par m². Grâce à la gestion de l’enherbement permise par la bâche, deux à trois désherbages manuels rapides suffisent durant tout le cycle de production de l’ail. Il n’est pas nécessaire de prévoir le passage d’un outil mécanique, et nous pouvons ainsi nous permettre de planter nos rangs plus serrés qu’en maraîchage bio conventionnel.

La plantation de l’ail dans le mulch

Nous choisissons parfois de planter notre ail sur une planche fraîchement débâchée, si celle-ci a accueilli une culture sur bâche récemment qui a permis d’étouffer les mauvaises herbes qui auraient pu se développer. Dans ce cas, nous plantons les cailleux directement dans la matière décomposée, puis nous venons apporter une nouvelle couche de broyat plus fraîche pour les recouvrir. En quelques semaines, l’ail commence à sortir. Il faudra être vigilant à ce que des vivaces ne s’installent pas, notamment si elles sont présentes en bordure de planche et peuvent se semer avec le vent au milieu de notre culture d’ail, ou tout simplement venir y courir.

Astuce : préférez le broyat à la paille pour épandre un mulch par dessus vos cailleux. Car si quelques graines restent dans votre paille étendue et germent, vous vous retrouverez avec des céréales fortement compétitives dans votre champ d’ail, ce qui deviendra très difficile à gérer et à désherber.

Itinéraire technique de l’ail bio sur sol vivant

Sur la Ferme, nous cultivons en majorité de l’ail violet, qui a un goût prononcé et produit de grosses têtes. Il est considéré comme le plus précoce des ails français. Il nous est aussi arrivé de cultiver de l’ail blanc, dans les mêmes conditions, avec le même itinéraire de culture.

La préparation de la planche pour accueillir l’ail

Notre ail se plante généralement sur un sol qui a déjà reçu une quantité de broyat l’année précédente, et qui a par exemple accueilli une culture de courges. Grâce à une première culture sur bâche, le broyat s’est davantage décomposé. Nous pouvons venir y placer nos cailleux, issus de notre propre semence d’ail que nous conservons et préservons d’année en année, notamment pour bénéficier de l’adaptation de la variété cultivée à notre sol au fil des générations.

Le semis des cailleux d’ail

En Novembre ou tout début Décembre, nous optons soit pour une planche bâchée et pré-percée, soit pour une planche débâchée sur laquelle nous venons remettre quelque centimètres de broyat. L’ail n’aura normalement pas de mal à percer cette couche. Nous positionnons un cailleux d’ail environ tous les 17 centimètres sur un rang.

Le désherbage de la planche d’ail bio

Si l’option plantation sur bâche a été choisie, le désherbage manuel se limite à vérifier que les adventices comme le liseron ne se sont pas installées dans les trous. Faites un tour sur la planche 2 à 3 fois durant le cycle de production, entre Décembre et Mai.

Si la plantation s’est faite sur mulch et est recouverte d’une couche de paille ou de broyat, il est probable que davantage de mauvaises herbes s’installent. Il faut alors désherber manuellement plus régulièrement au cours de la saison hivernale et au printemps.

Récolte de printemps : de l’aillet frais dans les paniers

Au mois de Mars, nous récoltons une partie de notre ail pour le vendre en bottes d’aillet ou en agrémenter les paniers de nos amapiens.
Découvrez la vidéo de notre culture d’aillet bio sur sol vivant :

Récolte de l’ail bio au mois de Juin

Quand l’été pointe son nez, c’est le moment de récolter nos têtes d’ail bien formées. Nous n’avons pas constaté de différence réelle entre les planches bâchées ou les planches mulchées, en termes de calibre, de poids, de rendement etc. En revanche, nous savons que nos rendements sont bien supérieurs à ceux de l’agriculture biologique conventionnelle, car notre méthode de culture nous permet de planter davantage de caïeux d’ail au m² et nécessite moins de désherbage donc celui-ci peut être manuel et non mécanisé (c’est souvent la nécessité d’un désherbage mécanisé qui pousse l’agriculture bio conventionnelle à planter l’ail à des espacements plus importants).

Observez nos deux expériences de plantation et récolte d’ail sur sol vivant :

Le séchage et le stockage de l’ail bio

Une fois récoltées, les têtes d’ail sont nettoyées et mises à sécher dans un endroit bien ventilé, pour être vendues plus tard au fil de la saison. En séchant, l’ail perd une partie de son poids puisqu’il perd de l’eau. Il faut donc savoir que le poids pesé lors de la récolte est supérieur au poids de l’ail stocké une fois sec. Ainsi, si 25 têtes d’ail pèsent initialement entre 1,5 et 2kg, les têtes perdront environ 5% de leur poids tous les mois, et ne pèseront plus que 1,1 à 1,4kg six mois après la récolte. A termes, l’ail vraiment sec ne sera plus commercialisable. Il est donc important de le consommer dans les quelques mois qui suivent sa récolte, sans attendre trop longtemps.