Utiliser des bâches plastiques en maraîchage bio sur sol vivant : est-ce vraiment écologique ?

Les bâches plastiques sont fréquemment utilisées en maraîchage bio, et davantage encore en maraîchage sur sol vivant. Cet usage génère bien des critiques : proclamer faire du bio, voire de la permaculture, et utiliser des bâches plastiques peut sembler contradictoire. Dans cet article, nous nous appuierons sur notre expérience d’utilisation de plusieurs types de bâches afin de répondre à cette épineuse question : utiliser les bâches plastiques, est-ce vraiment écologique ? Les bâches plastiques en maraîchage bio : est-ce vraiment écologique ?

La bâche en maraîchage bio : pourquoi faire ? 

La fonction principale de la bâche est de limiter l’enherbement. En effet, lorsqu’elle est disposée sur une planche de culture, la bâche bloque le passage de la lumière. Dans l’impossibilité de faire de la photosynthèse, les plantes indésirables meurent. C’est ce qu’on appelle le désherbage par occultation. Dans des systèmes sans bâches, d’autres méthodes de désherbage existent. En conventionnel, les maraîchers peuvent utiliser des herbicides chimiques. En maraîchage bio classique, le travail du sol (binage, sarclage…) est fréquemment pratiqué.  A la ferme de Cagnolle, nous pratiquons l’agriculture biologique et n’utilisons donc pas de désherbant chimique. Par ailleurs, nous sommes adeptes du maraîchage sur sol vivant et ne réalisons donc aucun  travail du sol.  Deux solutions s’offrent alors à nous : désherber à la main l’intégralité de nos planches de cultures, ce qui nécessiterait des moyens humains considérables pour une tâche qui n’est pas des plus agréables, ou couvrir nos cultures à l’aide d’un paillage organique ou plastique. Vous vous en doutez, nous avons penché pour la seconde option. Cependant, après un essai de paillage organique, nous avons constaté que les adventices parvenaient tout de même à pousser à travers le mulch, causant ainsi des temps de désherbage toujours trop importants.  Nous nous sommes donc tournés vers les bâches plastiques qui, en plus d’être d’une efficacité redoutable, possèdent d’autres avantages non négligeables.

La bâche de toile tissée, ou toile de paillage : la plus résistante et durable

La bâche de toile tissée est sans hésiter la plus durable. Nous en utilisons certaines depuis plus de 7 ans ! Nous utilisons ces bâches principalement pour les cultures d’oignons, d’ail, de cucurbitacées…

Les avantages :

Ce type de bâche a l’avantage de laisser passer l’air et l’eau, assurant ainsi des bonnes conditions d’humidité et d’aération. Elles permettent également de réchauffer les sols, avantage de taille pour les cultures qui aiment la chaleur !  Les dimensions sont standardisées et les bâches de toile tissée sont relativement rigides et donc faciles à mettre en place sur les planches de culture.

Les inconvénients :

Ces bâches présentent un coût non négligeable : il faut compter entre 75 et 400 euros le rouleau de 100 mètres, selon la largeur sélectionnée. Par ailleurs, bien qu’elles soient bien occultantes, elles peuvent parfois laisser passer un petit filet de lumière suffisant pour faire germer les adventices sous la bâche. A l’inverse, lorsqu’un peu de matière organique se trouve sur la bâche, des herbes peuvent pousser et abîmer la toile : les racines cherchent à la traverser pour rejoindre le sol. Il faut donc penser à retirer régulièrement les quelques adventices.

La bâche d’ensilage : la plus accessible

Comme son nom l’indique, une bâche d’ensilage est une bâche utilisée par les éleveurs afin de conserver les fourrages des animaux. Dès lors que quelques trous apparaissent, ces derniers ne peuvent plus les utiliser et les bâches partent au recyclage. C’est l’opportunité pour les maraîchers de les récupérer et de les réutiliser pendant plusieurs années avant qu’elles ne soient finalement recyclées.

Les avantages :

Le premier avantage, et non des moindres, est que ces bâches sont bien souvent gratuites, puisque données par les éleveurs avant la déchetterie. De plus, contrairement aux bâches de toile tissée, absolument aucune lumière ne filtre à travers les bâches d’ensilage. Aucun risque que des adventices ne germent en dessous, donc.  Tout comme les toiles tissées, les bâches d’ensilage permettent de réchauffer le sol et augmentent la productivité des cultures thermophiles. Une des principales craintes réside dans le fait qu’elles sont a prioriimperméables et ne laissent donc passer ni eau, ni air. En réalité, nous avons constaté que l’humidité finit toujours pas rentrer dans le sol et aucun problème lié à un manque d’aération ou d’oxygène n’a été relevé : la vie biologique est, au contraire, très, très active ! Mieux encore, un cycle de l’eau s’opère : lorsque le soleil tape, l’eau s’évapore du sol et condense sous la bâche. Dès lors que la fraîcheur revient, l’humidité retourne directement dans le sol. La gestion de l’eau est donc bien meilleure avec bâche d’ensilage que sans.

Les inconvénients :

Le premier inconvénient réside dans la logistique liée à ces bâches. Premièrement, il faut prendre le temps d’aller les chercher chez les éleveurs voisins. Et s’il n’y a pas d’éleveurs, ou que ces derniers ne pratiquent pas l’ensilage, vous devrez les acheter. Ensuite, leurs dimensions ne sont pas standardisées. La couverture d’une planche peut parfois nécessiter de faire un “patchwork” de bâches d’ensilages en agrafant plusieurs bâches ensemble. Par ailleurs, elles sont relativement souples et sensibles au vent : il faut donc bien les lester si on veut éviter qu’elles ne s’envolent ! Enfin, elles sont plus fragiles que les bâches de toile tissée et durent donc moins longtemps, de 2 à 4 ans. 

En résumé : les bâches plastiques sont-elles vraiment écologiques ?

Les bâches permettent-elles de limiter l’enherbement sans travailler les sols et sans désherbant chimique ? Oui, et cela maximise ainsi la vie biologique du sol. Sont-elles consommatrices de pétrole ? Oui, mais la plupart sont de seconde main et réutilisées pour plusieurs années. Comparativement à la quantité de pétrole nécessaire aux outils mécanisés de travail du sol pour désherber tous les ans, les bâches sont plus économes en énergie fossile. Par ailleurs, ce mode de production nous permet de stocker énormément de carbone dans les sols : en 10 ans, nous avons stocké l’équivalent de 420 tonnes de CO2 par hectare ! Ces pratiques compensent donc largement le carbone utilisé dans les bâches. Permettent-elles un meilleur rendement ? Oui, nous l’avons vérifié pour une culture d’oignons notamment. Le rendement des oignons sur bâche était supérieur de 40 % aux oignons sans bâche. Possiblement grâce à une meilleure température du sol et une gestion de l’eau optimisée.

C’est donc sans hésitation que nous continuerons à travailler avec l’outil bâche. L’activité de maraîchage diffère du jardinage dans la nécessité d’atteindre une rentabilité économique. Cet outil, bien qu’il ne soit pas le plus esthétique, contribue à atteindre cette rentabilité, car il est redoutablement efficace dans la gestion de l’enherbement. D’un point de vue agronomique, les différents avantages que nous avons cités contribuent aussi à faire pencher la balance en faveur des bâches. Toutes ces réflexions et expérimentations sont au service d’un objectif : continuer à faire pousser des légumes et des fruits sur sol vivant.